Qui n’a jamais ressenti une certaine satisfaction après avoir consciencieusement déposé un sac d’habits dans un point de collecte dédié à cet effet ? Pourtant, les articles ou informations remettant en cause le recyclage abondent, au point de nous faire douter de l’utilité même d’un tel geste. Où vont nos vêtements une fois collectés ? Réponse dans cet épisode pour comprendre, une fois de plus, l’impact de nos actes.
Les associations
Comme indiqué sur les réceptacles des bennes à textile, une partie des vêtements est recueillie par des associations. Ces dernières, après tri et lavage, les donnent aux personnes dans le besoin, ou les revendent dans des friperies ou braderies, générant ainsi des bénéfices pour l’association.
Malheureusement, les associations aujourd’hui croulent sous les dons de vêtements, et pas de la meilleure qualité. Vous avez déjà essayé de revendre un T-shirt Zara acheté 9,99 euros ? Certaines associations en viennent donc à refuser les dons. Actuellement, seulement 5% des habits donnés resteraient en France, le reste partant à l’étranger, principalement en Afrique*.

Un centre de tri dans le Tarn
Des habits pour nos maisons et nos voitures
Les tissus impossibles à revendre sont réutilisés : ils sont « effilochés » pour faire des produits isolants pour les maisons ou des rembourrages pour les sièges de voiture. Cela représenterait 9% du total des vêtements donnés*.
Une bonne idée, mais n’oublions pas qu’une fois cette fonction-là remplie, ces résidus textiles se trouveront quelques années plus tard en décharge, enfouis ou incinérés, libérant dans les deux cas des produits toxiques pas franchement sympathiques, comme le dévoilait Greenpeace dans une vaste enquête sur le sujet.
L'Afrique, destination finale de nos fringues
Enfin, une grande partie de ce que nous jetons s'en va pour l'Afrique, sur le marché de l'occasion. Résultat ? Ce qui peut à première vue sembler une bonne idée a tout simplement fini de ruiner l'industrie textile de certains pays africains, déjà mise à mal par la concurrence asiatique.
Comment rivaliser en effet avec du textile de seconde main chinois ou bangladeshi ? En Ouganda et au Kenya par exemple, 80% de la population portent du textile de seconde main venant des pays riches, mettant ainsi au chômage couturiers, fabricants textiles et stylistes locaux.**
Les limites du recyclage textile

Crédit photo : Luke Hayes
Tout au long de la chaine de production textile, les fibres qui composent nos vêtements sont souvent mélangées à d’autres types de fibres et subissent une multitude de transformations chimiques qui les éloignent de leur état originel. À ce jour, peu de technologies permettent de séparer les différents composants d’un tissu afin de retrouver ses fibres premières, et certainement pas à grande échelle. Le coût élevé et la difficulté technique des procédés existants en font une solution difficilement envisageable pour les industriels du secteur. Des exemples ?
- Les fibres d’un T-shirt 100% polyester peuvent être extraites et de nouveau utilisées pour une nouvelle pièce de tissu, mais si ce T-shirt était rouge, les fibres extraites le seront aussi.
- Même chose pour le coton, mais avec une difficulté supplémentaire : lorsque nous portons nos habits en coton, les fibres subissent des dommages. Lors du recyclage, seront donc récupérées des fibres de moins bonne qualité, qu’il faudra donc tous les cas mélanger avec du coton vierge…
- Un T-shirt composé de deux fibres différentes, comme coton et polyester par exemple, ne pourra être recyclé. Or, cette combinaison concerne 35% de tous les textiles fabriqués actuellement.**
Sans mentionner, vous vous en doutez, l’énergie nécessaire pour faire tourner les machines de recyclage et l’eau pour créer de nouveaux tissus à partir des anciens. Bref, vous l’aurez compris : c’est moins simple qu’il n’y paraît à première vue.
Et donc là, je fais quoi avec mon sac de vêtements que je ne porte plus ?
Ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain : malgré tout, il faut recycler ! Déposer ses vêtements dans un point de collecte reste plus écologique que les jeter à la poubelle. La vraie solution, toutefois, consiste encore et toujours à acheter moins mais mieux, et faire durer au maximum sa garde-robe, de manière à avoir toujours de moins en moins de textiles à recycler…
Pour savoir où déposer ses vêtements inutilisés, c'est par ici.
Restons optimistes
Face à ce système qui marche sur la tête, la tentation de la politique de l’autruche est grande : fermons les yeux, contentons-nous de culpabiliser les entreprises et gouvernements, et continuons le shopping ! Heureusement, des nouvelles manières de penser et de produire permettent d’espérer, comme l’économie circulaire, dont le principe est très bien explicité dans cette vidéo :
Concrètement, c'est très simple : une telle économie fonctionne en boucle, se passant ainsi de la notion de déchet. Son objectif est de produire des biens et services tout en limitant fortement la consommation et le gaspillage des matières premières, et des sources d'énergies non renouvelables.
Dans le domaine du textile, cela permettrait de réutiliser les ressources déjà existantes plutôt que d'en produire de nouvelles. Économie d'eau, d'énergie, de Co2, bref ça fait rêver. La bonne nouvelle ? Il ne s'agit pas d'une utopie pour doux rêveurs : une nouvelle technologie, appelée ''chemical recycling'', est à l'étude et a le potentiel de restaurer les propriétés des fibres textiles usées, d'en éliminer les différents composants (teinture, produits toxiques, etc.) pour ainsi les faire entrer comme neuf dans le cycle de production. Conséquence : la fast fashion n’accaparerait plus eau et terres agricoles indispensables à la production textile, mais piocherait dans l'immense réserve de vêtements déjà existants.
En attendant que cela arrive, à nous de valoriser les bonnes marques et de consommer moins...
Sources :
* Le gaspillage de fringues ne choque personne, et c'est un problème, Bérangère Viennot, Slate
** Loved clothes last, Fashion Revolution, Issue #2, page 93
Pour celles et ceux que ça intéressent, une infographie pour avoir en un coup d'oeil le paysage de l'économie du recyclage :

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