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#5 Les livres

27 mars 2020

Dans le palmarès des objets qui envahissent vite un logement, les livres arrivent en bonne place. Or, un livre, c’est du papier. Et le papier, c’est essentiellement du bois : de l’eucalyptus, du pin, de l’acacia... À l’heure où il faudrait planter des arbres plutôt qu’en couper, comment lire en bonne conscience ?

La mine d'or du seconde main

Les ouvrages déjà en circulation ne manquent pas, alors autant en profiter. Surtout qu'avec Internet, trouver un livre d’occasion ou presque neuf n’a jamais été aussi facile :

  • Label-Emmaüs propose plus de 1 200 000 références, de la BD aux romans en passant par les grands classiques
  • Idem chez RecycLivre, qui offre en outre un service gratuit de récupération de livres d'occasion, et leur donne une deuxième vie en les proposant à la vente sur internet
  • L’application Booxup permet d’acheter ou revendre des livres moins chers près de chez soi. Il suffit de scanner le code barre du livre et de choisir un prix de vente, et voilà !
  • le site donnons.org propose des livres d’occasion…gratuits
  • fréquenter sa bibliothèque municipale. Certaines d’entre elles permettent même de réserver son livre ou d’en vérifier la disponibilité en ligne
  • si vous habitez en ville, il est bien possible qu’un bouquiniste existe près de chez vous...
  • Enfin, le site de l’Ademe Longue vie aux objets permet de localiser toutes les boutiques et associations proposant des objets d'occasion, dont les livres.

La belle histoire de l'entreprise Recyclivre, qui montre qu'une entreprise peut être lucrative tout en respectant la nature et ses salariés.

Si l'achat d'un livre neuf est indispensable, il est possible de diminuer son impact en optant pour :

  • les plateformes de libraires indépendants, qui livrent à la maison ou permettent de réserver ses livres en boutique : librairiesindependantes.com, lalibrairie.com, leslibraires.fr, ou, pour les habitants de l'Auvergne-Rhône-Alpes, chez mon libraire
  • I’application Amazon Killer : grâce à cette extension gratuite, vous recherchez votre livre sur Amazon, et un bouton permet de trouver le libraire indépendant qui vend le bouquin près de chez vous. Comment profiter de la puissance d’Amazon tout en soutenant les librairies indépendantes !

Et la liseuse ?

La liseuse est souvent présentée comme une alternative plus écologique au livre, mais les minerais nécessaires à sa fabrication (coltan, lithium, cuivre) sont les mêmes que pour tout appareil électronique, et présentent donc les mêmes problèmes de ressources, de pollution, d’impacts sur les conflits et les conditions de travail (voir l’épisode sur le téléphone pour mieux cerner le problème). D’après le site d'informations Novethic, « pour que la liseuse ait moins d’impacts socio-environnementaux que le livre classique, il faudrait y lire environ 128 livres, soit 20 ans d’achats de livres à raison de 6 chaque année. À condition que le matériel dure aussi longtemps. ». En bref : la liseuse constitue une alternative écologique uniquement pour les gros lecteurs.

Quel est le problème avec les livres neufs ?

En France, les fabricants de papier ont amélioré leur impact environnemental en limitant leur consommation d'eau et leurs rejets toxiques. Les forêts sont gérées - globalement - de manière durable. Mais, vous vous en doutez, tous les pays n’ont pas mis en place des normes sociales et environnementales comparables. Avec des coûts de transports maritimes toujours plus bas, le bois brésilien s’est taillé la part du lion dans la fabrication de la pâte à papier, avec 49% des parts du marché en France d’après l’Institut Basic. Ce papier brésilien, qui se retrouve dans nos livres et dans nos mains, encourage malheureusement :

  • l'usage de l'eucalyptus transgénique, le Brésil étant le premier pays du monde à l’avoir autorisé
  • l’utilisation de glyphosate pour le faire pousser plus vite
  • l’accaparation, par des grands groupes, de terres qui servaient à l'agriculture nourricière, ce qui participe in fine à la déforestation puisque ceux qui n'ont plus de terre à cultiver se reportent sur la forêt amazonienne
  • cerise sur le gâteau : l'eucalyptus émet plus de carbone qu'il n'en récupère

Si on ajoute au tableau la puissance acquise par Amazon dans la vente de livres, et les conséquences qui vont avec – émissions de C02 liés au transport, conditions de travail des salariés loin d’être idéales, optimisation ou ‘’délocalisation’’ fiscale (en 2019, Amazon a payé 10 millions d’impôts, et devrait réaliser un chiffre d’affaires de 7 milliards), acheter un livre neuf s’avère tout sauf anodin. Heureusement, pour ceux qui veulent élever leur conscience et leurs valeurs, il est facile de contourner tout cela avec les solutions mentionnées plus haut !

L'irrésistible ascension d'Amazon : un documentaire d'Arte pour ceux qui souhaitent mieux comprendre l'impact d'Amazon

Évitez la rentrée littéraire

Chaque année, en octobre, le petit milieu de l’édition s’agite : prix littéraires en cascades, sortie des nouveaux romans des ‘’stars’’ de la plume, et l’arrivée de plus de 600 romans sur le marché. Le prix d’impression d’un livre diminuant en fonction du nombre d’exemplaires imprimés, les éditeurs impriment massivement, inondant les marchés pour remplir les rayonnages, quitte à détruire par la suite plus d’un quart des livres. C’est encore pire en période de rentrée littéraire, puisque 80% des sorties partiraient au pilon…

Mais ces livres sont recyclés, non ? Oui, mais le papier n’est pas indéfiniment recyclable - cinq fois maximum. Le processus de recyclage, bien qu’indispensable, nécessite de nouvelles matières premières, comme de l’eau. De plus, les livres ne sont pas systématiquement recyclés en livres, mais mélangés à du papier de moins bonne qualité pour être transformé en carton ou…en papier hygiénique. Avant de recycler, il faut d’abord commencer par moins consommer et avoir moins de choses…à recycler !

Crédit image : Éditions Yves Michel

Un peu de nuances pour les amoureux des livres

Pour nuancer le tableau (et parce que lire, c'est bien !), il faut toutefois rappeler que les livres ne représenteraient que 5% de la consommation de papier en France. Pour diminuer l’impact écologique du papier, on peut (et on doit !) aussi :

  • éviter les emballages, même si ceux en papier sont moins néfastes que ceux en plastique
  • bannir les serviettes, essuie-tout et mouchoirs jetables au profit de leur version zéro déchet
  • apposer un Stop-Pub sur sa boîte aux lettres pour ne pas encourager les prospectus publicitaires
  • limiter ses impressions au bureau et imprimer sur du papier recyclé en recto-verso

Parce qu’au final, il vaut mieux utiliser le papier pour fabriquer des livres plutôt que des emballages utiles quelques minutes seulement, non ?

Sources

> Épisode suivant
#6 Des jouets intemporels

< Épisode précédent

#4 Des vêtements pour des décennies