Avec ''seulement'' 3% de la totalité des émissions de gaz à effet de serre en Europe, le trafic aérien pourrait paraître comme un bon élève à côté du transport routier, responsable, lui, de 15% des GES. Une comparaison qui ne tient pas la route : d’abord parce que les deux modes de transport ne répondent pas aux mêmes usages, ensuite parce qu’ils restent tous les deux extrêmement polluants.
Un transport aérien en pleine croissance...et ses émissions aussi
Un aller-retour entre Paris et Rio de Janeiro émet 4 tonnes d’équivalent CO2. Lorsqu'on sait que le bilan CO2 annuel d’un Français se situe autour des 12 tonnes, on mesure bien l’impact d’un voyage à l’autre bout du monde. Au niveau individuel, arrêter de prendre l’avion constitue l’une des actions les plus écologiques que l’on puisse faire. En faisant le calcul carbone de tous mes trajets aériens depuis vingt ans, j’en arrive au chiffre astronomique de 174 tonnes CO2 émises. Déprimant.
Et cela continue d’augmenter : le trafic aérien devrait doubler d’ici 2037.
Face à cette situation préoccupante, la prise de conscience semble heureusement émerger. En Suède, le phénomène a même un nom : le flygskam, ou "la honte de voler". Fini les photos de Thaïlande ou du Brésil sur Instagram, les Suédois qui partent en vacances à l’autre bout du monde font profil bas. Au niveau européen et français, les choses bougent : des députés souhaitent taxer davantage les billets d’avion et le kérosène, le mouvement Stay grounded encourage les gens à ne plus voler, des personnalités refusent de prendre l’avion pour alerter sur son impact écologique…En attendant, que faire à son niveau ?
Les alternatives
En laissant de côté les déplacements professionnels, nous voyageons avant tout pour découvrir des cultures différentes, sortir de notre quotidien, chercher le soleil ou rencontrer de nouvelles personnes. Est-il pour autant nécessaire de parcourir des milliers de kilomètres en avion afin d'atteindre ces objectifs ?
Je me suis parfois retrouvé dans des situations qui, avec le recul, me semblent grotesques : prendre l’avion pendant douze heures pour aller sur une plage brésilienne alors que je ne suis jamais allé dans l’île de Porquerolles (pourtant située dans ma région d’origine), faire quatre heures de piste pour visiter un vieux fort décati en Oman, moi qui n’ai jamais mis les pieds au Mont Saint-Michel…Et si, comme d'habitude, nous faisions moins mais mieux ?
Voici une sélection de petites pépites pour voyager sans asphyxier la planète (et nous, par la même occasion) !
Découvrir la France et l'Europe en train (1/6)
Tout trajet national ou européen en avion pollue quarante fois plus que le TGV, alors autant prendre le train, non ? Ça tombe bien, le Pass Interrail permet de voyager sur les compagnies ferroviaires européennes, à son rythme, à des prix défiant toute concurrence.
Sillonner l'Hexagone et l'Europe comme Simone de Beauvoir (2/6)
La Véloroute du Rhin, qui s'étend sur 1 233 kilomètres et traverse quatre pays
Eurovélo, c'est l'idée géniale d'un réseau de 16 itinéraires cyclables longue distance, ou EuroVélo-routes, traversant les régions européennes. Dont neuf en France ! Plus d'infos ici.
Explorer l'incroyable diversité des régions françaises (3/6)
Le Sahara ? Non, il s'agit de la dune du Pilat. Le site QQF s'est amusé dans cette infographie à jouer avec les photos pour montrer qu'il n'est parfois pas besoin d'aller très loin pour être dépaysé. Ses paysages variés, sa gastronomie, son riche patrimoine historique, architectural et culturel font de la France la première destination touristique au monde. Et si nous redevenions touristes dans notre propre pays ?
Passer un weekend dans une tiny house, une cabane dans les arbres ou une yourte (4/6)
Besoin de sortir de la routine et de vivre une expérience nouvelle ? Découvrez la vie dans une tiny house, une cabane dans les arbres, une yourte ou même un château. Des sites comme Cabanes de France, Abracadaroom ou Airbnb recensent ces expériences insolites.
Faire de belles rencontres grâce au couchsurfing, le woofing ou le réseau des greeters (5/6)
Envie de nouvelles rencontres et de nouveaux apprentissages ? Logez gratuitement chez l'habitant grâce au couchsurfing, expérimentez la vie à la ferme en faisant du woofing, ou redécouvrez le patrimoine français avec le réseau des greeters, des habitants passionnés qui font découvrir leur ville au cours de balades sympas.
Ouvrir tout simplement un bon livre de Sylvain Tesson, Guy Delisle
et autres écrivains de voyages (6/6)
"Si vous savez lire, alors le monde entier s'ouvre à vous'' a dit très justement Barack Obama. Et avec l'incroyable réseau de bibliothèques et médiathèques en France, aucune excuse. Autre pépite : le site Label-Emmaüs, qui vend près de 300 000 livres d'occasion tout en favorisant l'insertion des personnes en difficulté.
Et dans les situations où l'avion reste la seule solution ?
- Prendre des vols sans escale : c’est au décollage et à l’atterrissage qu’un avion pollue le plus.
- Compenser carbone. À titre d’exemple, compenser un aller-retour Paris-Rio coûte 90 euros supplémentaires. Pour mieux cerner le principe de la compensation carbone (et pourquoi ce n'est pas la solution parfaite), voir l'épisode suivant.
- Sélectionner une compagnie aérienne qui fait des efforts en matière de développement durable en consultant le classement ici.
- Voyager léger : plus un avion est lourd, plus il consomme de kérosène. Découvrez ici comment faire sa valise minimaliste avec la reine du rangement Marie Kondo.
- et pourquoi pas éviter les repas des avions et leur cortège de déchets plastique et de poulet reconstitué ? Il est tout à fait possible de voyager avec de la nourriture en cabine. Consultez ici la liste des produits autorisés.
Un choix cornélien
Au-delà d'un choix personnel, la décision d'arrêter ou de diminuer ses vols long-courrier ne dépend malheureusement pas que de nous. Contraintes professionnelles, mais aussi et surtout contraintes géographiques : les alternatives citées plus haut n'existent pas partout. En France, le réseau ferroviaire permet de voyager aux quatre coins du pays, et, dans une moindre mesure, en Europe. Au Brésil (où je vis), le réseau ferroviaire est inexistant, et les distances gigantesques. L'avion s'est donc développé à tout crin. Pour sortir de Rio de Janeiro, la voiture constitue la seule alternative à l'avion ; or, les trajets en voiture contribuent aussi au réchauffement climatique. La solution serait donc de ne plus voyager, ou, pour moins polluer, privilégier le bus. Ce qui exclut de fait de sortir de la ville pour une courte période.
Deuxième problème : arrêter de prendre l'avion signifierait ne plus rentrer en France, donc ne plus voir ni famille ni amis. D'aucuns pourraient arguer qu'il suffirait de retourner vivre en France. Certes, même si cela rentrerait en contradiction avec des obligations professionnelles et des choix personnels.
Se focaliser uniquement sur les externalités négatives du trafic aérien (bien réelles), c'est en oublier les avantages : les échanges interculturels, les nombreux emplois liés au tourisme et le bonheur que représente la découverte des extraordinaires richesses humaines et naturelles. Regarder un documentaire sur les cités incas n’est pas exactement la même chose que se promener dans les ruines du Machu Picchu ; écouter de la samba dans son salon ne correspond pas tout à fait aux sensations éprouvées lors du carnaval de Rio…
Si l’industrie aéronautique, consciente des enjeux, tente d’aller vers des solutions plus écologiques - propulsion électrique, avions plus légers et moins gourmands en carburant, optimisation des trajets -, pour l’instant, l’alternative écologique aux vols longs-courriers n’existe pas.
Alors, que faire ? En attendant l'avion 100% propre, nous avons décidé, à notre échelle, de :
- rentrer en France une seule fois par an, mais rester plus longtemps, et privilégier les vols directs
- éviter de prendre l'avion quand une alternative (bus ou train) existe
- compenser carbone les futurs vols mais aussi les anciens
- ne pas prendre l'avion plus de deux fois par an (voyage en France inclus). C'est déjà trop, mais en attendant de revenir un jour en Europe et d'arrêter l'avion, c'est le mieux que nous puissions faire !
Et vous ?
Sources
> Épisode suivant
#6 Voyager tranquille en compensant carbone?