Revenir au site

#6 Voyager l'esprit tranquille en compensant carbone ?

3 juillet 2019

Créé en 1997 lors de la troisième COP, le mécanisme de compensation carbone se divise en deux systèmes : un premier concernant les États signataires du protocole de Kyoto, et un second appelé ''marché de compensation volontaire''. Ce dernier, qui nous intéresse, est destiné à tous les acteurs qui veulent compenser sans y être contraints : particuliers comme vous et moi, collectivités locales, petites et moyennes entreprises.

Le principe de la compensation carbone

Le principe est – à première vue - simplissime : calculer les émissions de carbone générées par un voyage, un évènement, une activité et, pour compenser, financer un projet qui réduit un volume identique d'émission de CO2.

Exemple : vous prenez l’avion pour Rio de Janeiro et souhaitez compenser carbone. Après avoir calculé l’équivalent carbone du voyage sur un site dédié, le total est converti en une somme d'argent, que vous pouvez verser à l'association de votre choix qui se chargera, par exemple, de planter des arbres. Il peut s’agit d’autres projets : investissement dans les énergies renouvelables, utilisation rationnelle de l’énergie, projets éducatifs... les choix sont multiples.

Pourquoi c'est loin d'être la solution

L’idée paraît séduisante et même louable : quoi de plus cohérent et responsable que tenter de réparer les conséquences de ses actes ? Compenser carbone présente néanmoins plusieurs limites.

  • La première :  calculer de manière précise les émissions de CO2 liées à une activité reste un exercice compliqué. Une rapide comparaison en ligne permet d'observer que les résultats diffèrent selon les sites choisis : un aller simple Rio-Paris émettra 1,7 tonne de CO2 selon Myclimate.org, 2,01 tonnes selon la Fondation Good Planet et 4,5 tonnes pour Atmosfair. Des écarts importants qui laissent dubitatifs, mais toutefois compréhensibles : les critères choisis – taux de remplissage de l’avion, modèle de l’appareil, consommation de carburant - sont trop variables pour permettre un calcul infaillible.
     
  • Second bémol : le prix de la tonne carbone. Une fois calculé vos émissions en équivalent CO2, ce poids carbone est converti en monnaie. Pour notre Paris-Rio, 90 euros d’après la Fondation Good Planet. Or, aucune réglementation concernant le prix de référence de la tonne carbone n'existe concernant la compensation volontaire.
     
  • De fait, le marché de la compensation volontaire a vu le jour spontanément et n'est que peu régulé. Comment s’assurer que notre argent ira réellement dans un projet environnemental, surtout quand il s'agit de projets menés à l'autre bout du monde ? Des labels comme le Voluntary Carbon Standards (VCS) ou le Gold Standard existent, mais difficile d’accorder une confiance aveugle en des labels.
     
  • Il existe par ailleurs un problème de temporalité : si vous décidez de compenser en plantant des arbres à l’autre bout du monde, il n’y aura aucun effet immédiat sur l’environnement. La quantité de CO2 séquestrée par les arbres varie en fonction de leur espèce, de leur taille et de leur âge : plus un arbre est grand et ancien, plus il sera efficace dans son stockage de CO2. Or, rien ne garantit que ces arbres ne seront pas arrachés au cours d’une tempête ou rachetés dans une décennie par une entreprise ou un particulier pour être coupés...

Du coup...je compense ou non ?

À un niveau plus philosophique, compenser carbone ne revient-il pas à déléguer à autrui la responsabilité du changement de nos comportements ? Pourquoi renoncer à un weekend à Berlin ou Madrid puisque je compense carbone ? L’art d’encourager les gens dans leurs mauvais comportements mais en les dédouanant contre espèces sonnantes et trébuchantes…Une possibilité, dans tous les cas, réservée aux plus aisés.

Avant de compenser donc, réduire toutes ses émissions évitables apparaît comme le comportement le plus cohérent. Ne restera alors que le noyau d'émissions inévitables. Mais ce qui est inévitable est hautement subjectif...

Pour notre part, arrêter l’avion signifiant ne plus rentrer en France, nous avons décidé de limiter à un aller-retour annuel notre retour en France, et compenser carbone avec la Fondation Good Planet. Tout en restant convaincus que la meilleure solution serait, un jour, de rentrer en Europe et d’éviter ainsi de prendre l’avion.